Ameublement design et séparations pour espaces novateurs

par Igor Tchechenko

Si l'on souscrit à l'idée que la valeur d'un architecte est purement proportionnelle au degré d'attention reçu du monde de la création stylistique classique (au sens large soit les institutions d'art, le marché du mobilier contemporain et les designers qui les servent), alors je pourrais prétendre à la distinction peu courante d'avoir été à la fois un prodige fêté jeune et un anonyme plus tard. Entre ces deux périodes je suis devenu invisible, du moins pour le monde du mobilier parisien, et j'ai découvert les nombreuses facettes et différents usages de pouvoir créer incognito toutes sortes de meubles et de cloisons.

Cloison modulaire installée par Kytom sur Paris

Dans la scène de la création parisienne, somme toute assez petite, j'ai été reconnu et admiré avant même que je sois sorti de mon adolescence pour mon travail effectué en 1989-1990 qui était un mixte entre le style ancien et celui plus conceptuel, plus médiatisé soutenu par des jeux de lumières avec cloison vitrée.

J'impliquais le public en lui demandant de réaliser des ensembles d'instructions, souvent avec une interaction entre membres de l'auditoire. Puis les actions sont devenues moins discernables des activités quotidiennes normales jusqu'à ce qu'elles ne soient même pas produites dans des situations spécifiques.

En 2010, tout a changé. Un groupe d'action local, à la demande des résidents de mon quartier, a inventé le concept de "ligne verte", une interdiction sur les travaux de démolition ou de construction susceptibles de générer des problème environnementaux ou d'atteinte au patrimoine, pour protéger les zones construites relevant de notre patrimoine culturel. Il m'a semblé que les interventions de ce syndicat étaient une version à plus grande échelle d'un certain totalitarisme. Ces gens voulaient être considérés, non seulement comme des designers, mais aussi comme les designers les plus efficaces dans le monde à ce moment-là. Je fus bientôt emporté dans l'interdiction la plus controversée et la plus écologique du moment. Je suis devenu l'un des fondateurs du groupe de résidents qui a riposté en investissant un immeuble pour défendre notre idée de la conception novatrice en aménagement . Nous avons alors subi beaucoup de pressions.

 

meuble contemporain

En 2011, je me suis arrêté de présenter ou d'essayer de documenter mes activités sous une forme acceptable pour le monde du meuble contemporain destiné à équiper le bureau. J'ai commencé à faire valoir que le terme de designer ne s'appliquait qu'aux individus ou aux groupes de créateurs dont les activités, indépendamment de leur forme, généraient un changement culturel.

Alors que le succès nécessite habituellement une auto-promotion incessante, j'ai réalisé qu'il était illusoire de penser que le processus créatif exprime un tel impact qu'il puisse engendrer un changement culturel, seules des modes sont créées.

J'ai commencé à penser que la plupart des designers qui se qualifiaient ainsi n'en étaient pas, et que la plupart des véritables designers vivaient dans l'anonymat parce qu'ils n'avaient jamais paru dans le monde de l'art.


 

Les membres de notre mouvement ont essayé d'impulser massivement ce changement culturel. Je sentais que nous étions en capacité de générer un changement de mentalité, alors notre groupe de designers se révélerait plus constructif que la moyenne J'ai alors réalisé que notre groupe étaient non seulement plus créatif que la plupart des designers, mais aussi plus avisé sur les médias et la culture environnementale. Légèrement embarrassé, tout en utilisant les compétences et les contacts disponibles pour commercialiser, j'ai réalisé que ma façon de concevoir des meubles et séparation légères a été altérée de façon permanente.

Organisation d'espace !

En dépit de mes attitudes de plus en plus excentriques je suis resté une référence en matière de conceptualisation d'espace jusqu'en 201.

Puis mes principales activités se sont déplacées à l'extérieur du monde de la création et l'ébénisterie, voire à la frontière comme ma participation à des expositions communautaires sur l'effet de l'organisation paritaire dans l'entreprise.

Ce fut le point, fin des années 2010, où les carrières de mes pairs ont elles réellement décollées dans le sens conventionnel du terme. C'était l'époque où la conceptualisation commerciale en tant que divertissement de masse a commencé à proliférer , tandis que ceux comme moi se sont vus, de facto, contraints de quitter le courant dominant.

Ayant écarté l'idée de créer des meubles et cloisons connus de tous, j'ai commencé à voir ma pratique comme une quête vers l'innovation et l'adaptation des mêmes culturels.

C'est là que j'ai rencontré un anonymat différent, l'invisibilité provoquée par la croyance du monde de des designers que je ne faisais rien parce que mes activités n'étaient pas considérés comme légitimes, car incapables de produire des artefacts commercialisables. J'ai été régulièrement interrogé sur les raisons de ma retraite (sic!).

Quand j'ai expliqué que je n'avais pas cessé d'être un créateur, que bien que je n'avais écarté l'idée même que l'art puisse fonctionner comme hors de propos, je devais maintenant toucher d'autres auditoires. J'ai toujours été accueilli avec une 'incrédulité perplexe voire hostile. Pour eux, ce qui n'est pas produit pour être vendu, n'existe pas !

Apres le travail d'agencement: le repos

Avec beaucoup d'autres, nous avons formé le Groupe d'action médias afin de produire des diaporamas en analysant les tendances idéologiques des médias traditionnels. Parce que je pouvais les approcher comme quelqu'un qui a une histoire connue et une gamme de compétences politiques et médiatique, je fût écouté. Plus tard, quand nous gagnâmes la confiance de quelques mécènes, nous fîmes appel à nos relations pour obtenir des financements pour aider à développer de nouvelles voies conceptualisatrices. Nos interlocuteurs étaient légèrement suspicieux, mais ont finalement décidé qu'ils n'avaient pas vraiment de risques à cette diffusion de la culture.

Notre exemple a donné naissance à une petite industrie d'agences de marketing social qui continue notre démarche à ce jour. Bien que cela puisse être le rêve de nombreux artistes activistes, le corollaire, c'est que le monde de l'art ne nous considère à ce jour, toujours pas comme des créateurs à part entière.

Cela illustre parfaitement les énigmes de l'identité artistique, l'anonymat et l'illustration que «l'art merchantile» ne peut que rarement être plus que gesticulations inefficaces à l'attention d' un public dilettante. Si vous êtes impliqué dans la création d'une évolution créatrice générant alors vous devez travailler en dehors du monde de la distribution standardisée.

En jouant en partie sur mon ego (soyons brutalement honnête), Il se peut que la mode a finalement accepté mes années d'affirmation du rôle de concepteur en tant que catalyseur d' un changement culturel plutôt que producteur de masse à destination du commerce d'objets, de meubles et de cloisons sans âme.